
Marsanne. C’est un petit village niché dans les collines
de la Drôme provençale comme il en existe tant d’autres. Ses
routes sont bordées de platanes – sur lesquels un nombre
incalculable d’automobilistes ont dû se planter, mais bon,
passons – et toute la vie se retrouve sur la place de la
mairie. Une place circulaire entourée du minuscule bureau de poste,
aux fenêtres d'un bleu délavé, de la boulangerie, du bureau de
tabac et de l’épicerie. Un restaurant a depuis peu ouvert ses
portes au coin de la montée de l’école, mais les vieux
n’y vont pas, c’est trop moderne et puis c’est
des Anglais qui le tiennent. Parlons de ces vieux, justement. Ils
sont la plupart du temps sur des bancs, sous l’ombre des
platanes et des marronniers, mais on peut les retrouver assis au
petit bistrot de l’arrêt de bus, celui qui fait la liaison
vers la ville à sept heures et dix-neuf heures.
Les rues sont
étroites, tortueuses, creusées d’une rigole au milieu des
pavés et les maisons, toutes collées les unes aux autres, semblent
pencher. Des chats rôdent un peu partout sur les fenêtres, devant
les portes, derrière les pots de fleurs.
A côté de
l’école, un chemin s’enfonce dans les bois. Il conduit
à une chapelle aux proportions ridicules, construite sur
l’emplacement d’une source dite miraculeuse. Les
enfants y vont souvent avec leurs instituteurs, mais c’est
plus pour se remplir le ventre de figues que pour apprendre
l’histoire de la source.
Au-dessus de
l’école on observe un immense champ et, à l’extrémité
de ce champ, se trouve la maison du curé. Elle n’est pas
grande, rectangulaire, en pierres apparentes irrégulières, des
volets verts et une vingtaine d’arbres autour, dont un
tilleul et une douzaine de cerisiers.
La partie ancienne
se trouve sur une colline et est renommée pour ses poteries et sa
vieille église d’où l'on surplombe toute la
vallée.
Parlons-en de ce
village médiéval. Il est fortifié et, depuis une dizaine d'années,
les Anglais et les citadins se pressent d’acheter une ruine
et de la remettre en état. Les maisons sont tarabiscotées et
partout on retrouve les senteurs du sud : romarin, thym,
lavande…
C’est un
village pittoresque, calme et paisible.
C'en était un du
moins, jusqu'à ce qu'un atroce cri de souffrance résonne dans la
vallée.
À l'écart du
village, il existe une ancienne ferme, composée de deux grands
bâtiments se faisant face, séparés par une cour. Celle-ci est
entièrement pierreuse, mais quelques herbes s'adaptant au terrain
parsèment le sol de touches vertes. À quelques mètres sur la droite
du lieu, se trouve un magnifique cerisier. Fleuri, on est en Avril.
La cour est donc encadrée par deux granges. L'une est très longue,
sur deux étages. L'autre est plus petite, mais de proportions tout
à fait respectables. Un bout de la toiture est tombé à l'angle
gauche. Le tout n'est formé que d'une seule
pièce.
C'était là que
Simon Daumiers venait de s'exploser un doigt à coups de marteau.
L'index gauche, plus précisément. Plié de douleur, tantôt il
serrait la base de son doigt de son autre main, tantôt il le
secouait frénétiquement, continuant à donner de la voix
:
-Bordel ça fait
maaaaaaaaaaaaal ! Ah, ça tue ! Caro !!!
Le jeune homme
tapait du pied. On eût dit qu'il allait se rouler par terre, tel un
gamin capricieux. Une jeune femme blonde passa la porte en levant
les yeux au ciel.
-Qu'est-ce que t'as
foutu encore ?, lança-t-elle, blasée.
Puis, jetant un
coup d'œil un peu plus loin dans la pièce, elle s'écria
:
-Le marteau !
Putain mais qu'est-ce que t'as fait au marteau, pourquoi tu l'as
jeté ? Il va être abîmé maintenant !
Le jeune homme
croisa les bras sur sa poitrine et s'appuya contre un mur,
attendant que sa petite amie ait fini de se lamenter sur le sort
d'un pauvre outil qu'il avait jeté à terre sous le coup de la
colère, et qui à priori ne risquait absolument rien. Et comme elle
ne semblait pas disposée à s'intéresser à lui, il se racla la gorge
:
-Caro
?
Elle releva les
yeux vers lui.
-Je souffre. J'ai
mal, je me suis éclaté le doigt, et toi tout ce que tu trouves à
dire c'est « le marteau » ?
La dénommée Caro
soupira et, ironique, se mit à réciter :
-Oh la la mon
pauvre chéri comme tu as l'air mal en point il faut immédiatement
appeler les urgences. Fais voir ton doigt, ajouta-telle plus
sérieusement.
L'onglé était
fendu, du sang coulait de la plaie occasionnée, et le tout n'était
pas vraiment joli à voir.
-Qu'est-ce que tu
veux que je te dise ? Il faudrait mettre de la glace et un
pansement, mais je crois bien qu'on en a plus. Si tu as vraiment
trop mal tu peux aller en acheter.
Simon hocha la
tête, puis se dirigea vers la sortie du bâtiment, contenant le sang
avec un mouchoir. La voix légèrement inquiète de Caroline résonna
derrière lui :
-Ça va aller
?
Il se retourna pour
lui adresser un sourire rassurant, qui lui fut rendu presque
aussitôt.
Il quitta la grange
et prit le chemin de la petite remise aménagée derrière la
première. Il lui fallut faire tout le tour de la cour, et le bruit
des cailloux remués par ses baskets agaça les nerfs de sa main.
Arrivé devant la petite pièce, il tira la vieille porte vitrée
qu'ils avaient installé pour fermer et rentra. Malgré la pénombre,
il parvint à dénicher son vélo dans le foutoir d'outils, de
planches, de râteaux ou de pelles qui régnait là. Il le sortit avec
difficulté, puis l'enfourcha avant même d'avoir quitté sa
propriété, qu'il avait acquérie il y a de cela six
mois.
Auparavant, il
avait vécu durant toutes ses études dans une chambre de bonne du
dixième arrondissement de Paris. Lui et Caroline s'étaient
rencontrés dans le milieu du livre, qu'ils affectaient tous les
deux. Leur amour s'était peu à peu mué en une relation solide qui
durait depuis maintenant plus de deux ans. Sept mois après leur
rencontre, Simon avait emménagé chez celle que tout le monde avait
l'habitude de surnommer « Caro ».
Un an plus tard,
Simon n'en pouvait plus de la ville. Travailler dans une maison
d'édition le rendait nerveux à cause des délais, il avait besoin
d'air. Et Caro n'était pas contre un déménagement à la campagne.
Les patrons de Simon non plus. Caro avait donné sa démission dans
sa boîte à elle, et avait reçu une coquette prime de
départ.
Ils n'avaient pas
cherché longtemps : Marsanne avait été leur coup de foudre. C'était
un petit village calme près de Montélimar ; Simon adorait le Sud,
Caro le nougat.
Cette ancienne
ferme qu'ils avaient achetée sans vraiment y réfléchir était en
piteux état mais, qu'à cela ne tienne, ils avaient décidé de vivre
ici. La population du village, décidément fort sympathique, leur
avait proposé un coup de main.
C'est donc aidés
par quelques hommes et femmes dans la force de l'âge qu'ils
retapaient ces deux granges.
La première était
terminée et ils avaient pu y emménager récemment. La deuxième était
destinée à finir en chambres d'amis.
Simon descendait le
chemin qui reliait leur domaine au reste du village. Le paysage
était sec, sans trop l'être pourtant. Les effluves dégagées par
toutes les plantes et fleurs venaient se mêler pour en former une
supérieure, entêtante, étouffante, autant que la chaleur qui
s'installait avec le soleil.
Le vélo descendait
tout seul, en roue libre. Simon se tenait dessus immobile, les yeux
mi-clos, profitant de l'air filant autour de lui, le rafraichissant
légèrement.
Il se retrouva
rapidement à la porte marquant l'entrée du village, pédala un peu,
passa quelques ruelles puis déboucha soudainement sur la place
centrale.
Il arrêta son
bolide sous les marronniers, l'appuya négligemment contre le tronc
de l'un des arbres et sans même daigner l'attacher, se dirigea d'un
pas assuré vers l'épicerie.
La façade et
l'enseigne étaient d'origine, bien que la boutique fût passée entre
les mains de nombreuses générations.
Simon jeta en
passant un regard sur l'étalage de fruits et de légumes qui, en
toute saison, étaient magnifiques -tout autant que leur prix. Il
poussa la porte entraînant avec elle le fameux
carillon.
La caisse se
situait directement à droite après l'entrée, c'est là que se tenait
toujours, droit comme un I malgré sa bedaine, le dénommé Germain,
grand manitou de la supérette. Ce dernier adressa au nouveau venu
un salut chaleureux.
-Alors, Simon, quel
bon vent t'amène ?!
Simon lui renvoya
son sourire et, tout en lui montrant sa main, lui répondit
:
-Est-ce qu'il te
reste des pansements par hasard ?
-Bah ça alors,
comment tu t'es fait ça ?, s'égosilla l'homme.
-Un coup de marteau
mal placé.
Germain se gratta
le menton d'un air pensif puis se dégagea du buffet qui lui servait
de caisse pour s'enfoncer dans l'arrière
boutique.
-Il doit me rester
quelques boîtes, je crois.
-Oh et tu aurais
des glaçons aussi ?, lui cria Simon.
-Je te mets ça
!
Simon s'appuya sur
un des rayons et remarqua juste alors qu'un jeune homme était assis
derrière la caisse, dans un coin, l'air de s'emmerder profondément.
Il devait avoir 17 ou 18 ans. Simon ne l'avait jamais vu ici. Il
sourit devant son air « blasé de la vie », avant de lui demander
:
-T'es du coin
?
Voilà, ce premier
chapitre est enfin posté ^^. C'est Merlingot qui parle xD. On a mis
un peu de temps à vous pondre cette entrée en matière, et encore
tout n'est peut-être pas définitif, Ac1d doit vérifier que ma
partie lui plait =P. Voilà, en espérant que cela vous donne envie
d'avoir la suite,
Merlingotte
<3
Héhé, premier chapitre revu et corrigé par Ac1d,
votre serviteur qui vous parle... ^^ On attend vos conseils et
critiques avec impatience !
xoxo
Ac1d